BENARES ET LES BERGES DU GANGE.
Benares est une cite tres particuliere, ses visiteurs n en sortent jamais vraiment indemnes, soit ils s en eloignent le plus vite possible avec horreur et degout "completement barj ces indiens !" soit ils succombent au charme mystique de la ville et se laissent prendre par cette etrange folie ambiante.
La ville se fond dans le Gange, le fleuve sacre, les gaths (marches descendant vers le fleuve), frontieres magiques entre le profane et le sacre sont la scene sur laquelle s exprime toute la spiritualite Hindoue.
Douche matinale.
Le soleil se leve sur le fleuve et les hindous lavent
corps et ames dans ses eaux benefiques .
Et oui selon les criteres occiden
taux, la notion de "purete" se mesure en nombres de coliformes fecaux / litre,(et forcement quand on voit flotter toutes sortes de cadavres animaux voir humains dans les eaux, on se doute qu ici ce chiffre batte des records) mais pour les hindous la purete est liee au sacre, a la manifestation du divin a travers les elements naturels.
Question de point de vue.
Voir Benares et mourir
.A benares, la cremation est publique et obeit a un rituel bien particulier, elle n est pas juste un moyen efficace de se debarraser des defunts (comme nos brutaux crematoriums denues de toute valeur symbolique et spirituelle). On dit que les feux de Benares brulent sans discontinuite depuis des millenaires. En effet, les morts se bousculent au portillon du Gange et ca se comprend. Voir ses cendres melangees au Gange permet d echapper au cycle des reincarnations, plus besoin de chercher un corps accueillant, on monte directement dans la guest house des Dieux, le Nirvana. Les moribonds affluent ainsi de toute l'Inde afin de se faire incinerer pres du Fleuve. Les vieilles personnes, sentant leur mort proche, vivent dans des sortes d hotels au bord du Gange en attendant leur heure. il sera ainsi plus facile a la famille de transporter le cadavre vers les eaux. Ici, pas de corbillard, le corps, entoure d un linceul blanc, est transporte par quatre membres de la famille, parfois dans toute la ville jusqu au bucher. Le cortege est precede par des membres de la caste s occupant des cremations. Le cortege funeraire avance en mantras, chansons rituelles et sacres accompagnant le defunt vers l au dela.
Les familles les plus riches se payent du bois de qualite et parfois meme du santal, ainsi l homme le plus riche de benares, dit-on, fait partie de la caste des intouchables, il est marchand de bois !
Le fils aine, rase pour l occasion, va chercher un peu d eau du Gange qu il eparpille sur le corps, il tourne 5 fois autour du corps (symboliquement les 5 elements) puis allume le bucher.L'univers et le corps sont composes des 5 elements qui sont du plus subtil au plus condense; l'ether, l'air, le feu, l'eau et la terre. Ainsi par le pouvoir transformateur du feu, les 5 elements du corps se desagregent et retournent dans l'univers
La cremation dure alors de 4 a 5 heures.
Assister a un tel spectacle remet bien des valeurs en question et fait considerer la mort d'une toute autre maniere.
Un autre exemple: mes cours de Sithare se deroulaient au domicile de ma Guruji (maitre) et la lecon avait lieu dans l'unique chambre, dans laquelle la grand mere centenaire etait agonisante. (Elle est d ailleurs decedee entre deux de mes lecons). Ca ne posait aucun probleme pour la famille, la mourrante etait au centre de la maison et tous les soins necessaires etaient assures par la famille, elle dormait ainsi dans les bras de ses deux petites filles.
La mort en Inde est consideree comme un passage, une transition et non comme une fin, elle fait pour ainsi dire partie de la vie et n est donc pas rejetee au plus loin de la vie sociale et familiale.
Les SADHUS, sont au sens strict du terme des ascetes itinerants dans les lieux sacres de l'hindouisme. Ils parcourent l'Inde pied nus, une couverture sur l'epaule, un baton ou un trident (attribut du dieu Shiva) dans une main et un pot a aumone dans l autre.
Ils sont plus de 4 miliions en inde, ils sont pour les indiens , "une copie carbone de Dieu''.
J en ai d'ailleurs croise au Nepal a 4000m qui venait d inde a pied pour voir une source dans laquelle habiterait le Dieu Shiva.
Ils n'ont ni noms, ni castes, ni famille, ni foyers, ni sexe (enfin symboliquement), leur vie est uniquement destine a leur dieu.
Ils sont tres respectes dans la communaute indienne et il paraitrait que certains, grace au yoga et a de longues meditations, auraient acquis des pouvoirs comme la levitation, l absence de nutrition ou l'invisibilite (ceux la sont plus difficile a rencontrer).
Certains ne boivent que du lait, d autres dorment la tete en bas les pieds lies a une corde, certains se recouvrent le corps de la cendre des morts, d autres s'attachent a la biroute d'enormes poids (preuve de leur abstinence sexuelle). Dans nos contrees, la plupart d entre eux seraient enfermes dans des asiles mais encore une fois, la notion de folie s etablit sur d'autres criteres ici et ils se melangent ainsi en toute liberte aux autres pelerins et aux touristes.(il existe d'ailleurs du coup des "faux Sadhus", soignant leur look pour les appareils photos etrangers).
Et attention, vivant a Benares, les plus extremes de tous appartiennent a la secte des "Aghoris", ils vivent sur les lieux de cremations. J' en ai croise un completement timbre et pas tres rassurant. Ils picolent pas mal (notamment dans des cranes humains) et se nourrissent de restes humains des buchers de cremations, parfois meme de leur propre excrement. J'ai d'ailleurs pris note de quelques recettes sympas.
Sur la photo, un Shiva Lingam, et son complementaire feminin, le Yoni, c est un peu le Yin et Yang hindouiste. Impossible d'y echapper a Varanasi, il y en partout, dans la rue, les temples, le creux des arbres. Les lingams doivent etre toujours humides et sont donc arrose en permanence par du beurre clarifie, du lait ou du miel. Le sexe, n est dans l hindouisme pas du tout tabou comme dans les religions monotheistes, au contraire, le tantrisme est encore tres developpe, l'union sexuelle est consideree comme un acte divin (Kama Sutra). L'influence puritaine britannique a, par la suite, refroidit un peu les ardeurs.
Du Shiva Lingam est issu la trinite Hindou: Brahma, le createur, Vishnu le conservateur et Shiva le destructeur. A cote des ses trois Dieux principaux, les hindous adorent precisement 33 millions de Dieux differents. Parmis eux le Dieu de l argent, le Dieu de la verole ou encore le Dieu de la dentition (une petite priere coute toujours moins chere qu' un dentiste).
Un indien sympa, rencontre devant une poele a frire publique, a absolument voulu m emmener dans son temple pour la Puja (priere). Apres plus d une heure de marche a deambuler entre vaches, estropies, chiens errants et autres touristes aux yeux vitreux dans les rues de benares, me voila au temple devant une grande statue au visage plutot terrifiant et un collier fait de crane humain. Le dieu adore est Kal Bahran, la forme destructrice de Shiva et comme par hasard, c est le seul Dieu qui comme offrande se fait asperger d' alcool. On a donc apporte au brahmane du temple comme offrande un collier de fleur et une bouteille de mauvais whisky indien qu il a vide sur la statue du Dieu. En echange, j ai recu la benediction du Dieu symbolise par un bracelet noir au poignet et un point rouge sur le front.
Apres un long sejour dans cette ville bouillante, rien de tel que l air pur des montagnes himalayennes, 36 heures de bus local (je commence a maitriser les techniques de sommeil en conditions extremes) direction Kathmandou.